Lorànt Deutsch

Lorànt Deutsch

Pour l'amour de la langue
huis clos

Lorànt Deutsch se lance dans le one man show ! Une première pour le comédien, acteur et auteur de best-sellers qui n'a pas son pareil pour se saisir des mots, les dire, les écrire. Un passionné qui porte haut la parole et qui, dans son spectacle Romanesque, où la folle histoire de la langue française, nous emmène dans un très beau voyage, plein d'humour et de surprises. A découvrir le 16 novembre à l'Opéra de Clermont-Ferrand.

Bonjour Lorant Deutsch. Vous avez débuté la tournée de votre spectacle Romanesque, où la folle histoire de la langue française, tiré de votre livre du même titre, sorti il y a un an et qui connaît un très fort succès. Comment ça se passe ?

Ça se passe très bien ! Il ne manque plus que vous ! Cette tournée est un galop d'essai. Nous faisons assez peu de dates, essentiellement à Paris, plus quelques-unes, dont celle de Clermont-Ferrand.

C'est votre premier one-man-show et pas n'importe lequel, vu que vous tirez votre spectacle de votre livre. Ce passage de l'écrit à l'oral a été une nécessité pour vous, une façon d'aller jusqu'au bout ou juste une envie ?

C'est plutôt une réconciliation de tout ce que j'ai pu faire. Je suis plus habitué à dire les textes plutôt qu'à les écrire. Je pense que là, c'était le moment opportun et je me suis lancé. J'ai décidé de me servir moi-même, plutôt que de jouer un rôle écrit par d'autres.

C'est un exercice complètement différent…

Oui, en effet. Le plus dur, c'est la confrontation au public. C'est quelque chose d'inhabituel pour moi. Au cinéma, par exemple, ça n'existe pas. Là, on fait voler ce qu'on appelle le quatrième mur. Il se passe des choses inattendues, c'est plus inconfortable aussi. Mais, très vite, il y a une relation qui se crée avec le public, quelque chose passe et c'est très intéressant. Et, puis, c'est un spectacle d'humour. Il n'a jamais été question de faire un cours magistral sur la langue française, d'aller vers quelque chose qui aurait été ennuyeux.

Mais, au départ, c'est un sujet très sérieux qui ne paraît pas évident à première vue, d'une part à mettre en scène, d'autre part à le faire avec humour.

Pour moi, il est apparu comme évident que c'était le meilleur moyen de le faire. Mon intention est de décomplexer, de décloisonner les choses, de les rendre accessibles et joyeuses, pour rendre un sujet comme celui-là aussi passionnant pour les autres qu'il peut l'être pour moi. Je suis avant tout acteur, comédien, je ne suis pas historien. Je me situe au deuxième niveau. Je suis là pour divertir avant tout, même si c'est pour faire passer quelque chose.

En l’occurrence, vous jouez «  votre propre rôle  » !

Oui et c'est une très grande fierté. C'est la formule premium !

Et vous n'avez jamais eu envie d'écrire une œuvre romanesque, par exemple ?

Je n'ai jamais osé écrire avant. Je ne me suis jamais senti auteur, même si mes livres et leur succès ont prouvé le contraire. Souvent, on me disait autour de moi : mais quand vas-tu te mettre à écrire quelque chose ? À un certain moment, j'ai commencé à me poser des questions. En même temps, je n'ai toujours pas la sensation d'être écrivain. Ce que j'écris est très oral, donc il était certainement plus facile de passer du texte à l'oralité, donc d'en faire un spectacle. Il a fallu attendre 2019, mais j'ai fini par le faire.

Et vous n'avez jamais eu envie de raconter quelque chose de personnel ? Vous avez un parcours un peu hors norme. Vous êtes passé du foot au théâtre en passant par la philosophie, de la philosophie aux langues orientales, à la langue et civilisation hongroises.

Je n'aime pas me raconter, d'abord parce que je ne pense pas être un sujet intéressant, sans fausse modestie. J'ai eu une vie tendre, généreuse, sans coup du sort. Même si c'est une vie qui en vaut une autre, elle peut être aussi celle de n'importe qui. Ce n'est pas, je pense, une vie captivante à raconter.

Et puis, je suis avant tout un amoureux de la langue et, pour moi, il n'y a rien de plus passionnant que de se pencher sur son évolution jusqu'à aujourd'hui.

Certains pensent que la langue aujourd'hui s'appauvrit. Qu'en pensez-vous ?

Le langage d'aujourd'hui évolue de façon positive et continue. La langue française, en fait, n'est pas tellement différente de ce qu'elle était il y a plusieurs années, voire plusieurs siècles. Elle suit un processus qui est le sien, rythmé avant tout par son usage. C'est le peuple qui fait la langue en fonction de ses besoins. Il se trouve que nous vivons dans une époque de rapidité, de raccourci, des réseaux sociaux… L'usage répond à cette fonction première. Ce ni positif, ni négatif, c'est comme ça.

D'autres avant vous ont travaillé sur la langue française et vous les connaissez évidemment. Certains vous ont-ils inspiré plus que d'autres ?

Oui, Bien sûr. Deux personnes, en particulier, m'ont inspiré : Claude Duneton, grand et formidable spécialiste en la matière, entre autres, et Alain Rey aussi dont je bois littéralement les paroles. Son œuvre a vraiment été la colonne vertébrale de mon livre.

Et il a aimé ?

Oui, il a adoré. À tel point que nous sommes en train d'écrire un livre ensemble. Un nouveau petit voyage au pays des mots qui devrait certainement sortir l'année prochaine. C'est une grande fierté pour moi et, pour une fois, ça va couper court à toutes les critiques possibles.

Oui, parce qu'on ne peut pas dire que vous avez été épargné… Comment avez-vous vécu ça ?

Pour mes deux précédents ouvrages, en effet, j'ai eu à subir pas mal d'affronts. Sur le dernier, ils n'ont pas eu trop de choses à se mettre sous la dent, donc ça s'est passé à peu près sans embûches. En fait, j'ai réussi à passer outre. Au départ, ça vous blesse. Évidemment que vous avez envie que ce que vous faites touche le plus grand nombre. C'est un désir salutaire de vouloir être aimé par un large public. Il faut accepter parfois de laisser de côté ceux qui ne vous aiment pas…

Et puis, dans mes livres, je suis convaincu de ce que j'écris. Je suis mon premier lecteur. J'ai toujours écrit ce que j'avais envie d'écrire et je l'ai fait avec conviction. Après, les choses peuvent évoluer à partir du moment où c'est dans le débat. C'est ce qui est intéressant pour moi. Au départ, j'ai l'ambition de captiver les gens, de les emmener en voyage, de leur donner ce qui peut leur manquer dans leur bibliothèque. À la base, je ne donnais pas mes sources par exemple. À force de discuter, de pousser l'argumentaire, je me suis dit qu'il y avait quelque chose à faire. Donc, maintenant, je fais systématiquement une bibliographie. C'est un peu comme pour la langue qui s'adapte à l'usage...

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Info+ 

► 16 novembre - 20h • Opéra-Théâtre (Clermont-Fd) • Reservations aux points de vente habituels
Une production Becker's Prod

Propos recueillis par Corinne Chesne pour Octopus Magazine N°36 de novembre 2019