Jean-Michel Jarre

Jean-Michel Jarre

huis clos

Dans le cadre de sa tournée mondiale qui débute cet automne et doit durer deux ans, Jean-Michel Jarre s'arrêtera au Zénith d'Auvergne le 28 novembre prochain, où il présentera la deuxième partie de son nouveau projet, Electronica.

Bonjour Jean-Michel Jarre. Cet été vous avez préparé votre tournée à venir avec une série de festivals en l’Europe. Comment s’est déroulée cette « préparation » ?

Cette tournée de festivals était tellement réjouissante, d’autant plus après cinq ans de travail en studio ! En dehors du plaisir immense de retrouver le public, je suis vraiment très fier d’avoir partagé avec lui une production visuelle et sonore que j’avais bien « mijotée », afin de mieux le surprendre et de répondre à ses attentes. J’ai tant de respect pour ceux qui viennent, qui achètent leurs billets par les temps qui courent et la situation économique en général… Il faut se donner pour eux à 200%.

Après 6 ans d’absence sur scène, que ressentez-vous avant de vous lancer sur une tournée mondiale de deux ans ? 

J’attends tellement de donner de la joie et du bonheur le temps d’une soirée à ceux qui viennent partager un moment avec moi… Je voudrais qu’ils disent en sortant du concert qu’ils ont passé un moment en dehors du temps, en dehors du quotidien, un très bon moment ! C’est cela qui me motive : inventer une machine à se perdre dans le temps, ressentir des émotions et donner le meilleur de moi-même, au plus proche d’une salle où on est tous venus s’évader un peu le temps d’une soirée.

J’ai évidemment le trac à chaque fois, mais les festivals cet été m’ont donné une force et la conviction que je peux encore surprendre là où l’on pourrait penser que j’avais tout dit !

Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste votre nouveau projet Electronica, dont la première partie est sortie en 2015 et dont la deuxième vient de sortir ?

Electronica est un double album fondé sur l’idée et l'envie de réunir autour de moi des artistes, des musiciens liés directement ou indirectement à la scène électronique, recouvrant quatre décennies, depuis que j’ai commencé à faire de la musique électronique moi-même en fait. A ma grande surprise, tout le monde (Air, Moby, Massive Attack... ndlr) a accepté mon invitation. J’ai donc composé en fonction de l’univers de chaque artiste tout en laissant suffisamment d’espace pour qu’ils puissent s’exprimer à leur tour. Je souhaitais en effet marier nos ADN de la manière la plus équilibrée possible. Il ne s’agit pas de simples « featurings ». Derrière chaque collaboration il y a une raison en terme de musique, de son et en terme d’inspiration.

Comment avez-vous choisi les artistes avec qui vous collaborez ?

Tous ceux que j’ai invités sur le double album Electronica 1 et 2 sont des fantasmes, en quelque sorte. Des artistes qui m’ont inspiré et que je considère faisant partie de « ma famille électronique ». Quel bonheur de pouvoir envoyer un message et de récolter autant d’enthousiasme en retour. Je suis très heureux d’avoir réussi ce projet et de m’être fait de vrais amis, voire d’avoir agrandi ma famille, au passage.

Qu’est-ce qui vous a poussé à la musique ?

Même si j’ai souvent eu envie de faire autre chose de ma vie, la musique était bien ancrée dans mes gènes ! Marcher dans les pas de mon père qui a connu la célébrité à Hollywood et une reconnaissance mondiale pour sa musique... Même si j'ai été élevé loin de lui en banlieue parisienne seul par ma mère, je n'ai pas rejeté la musique par principe… Au contraire, la génétique est plus forte, je ne pouvais faire autrement. Mon grand-père, André Jarre, inventeur du Teppaz*, très présent après le départ de mon père pour l’Amérique, m’a beaucoup influencé. Il m’a ouvert les yeux, les oreilles et la curiosité sur le mariage de la technologie et de la musique, à inventer sa propre lutherie pour faire entendre son propre son.

Justement vous êtes un pionnier de la musique électronique mondiale, une source d’inspiration pour de nombreux artistes. Mais quelles sont vos propres références ?

J’ai été influencé très tôt par la musique classique, notamment les techniques d’harmonie et de contrepoint, que j’ai d’ailleurs étudiées au conservatoire, adolescent. Le jazz, musique de liberté et d’adresse et grande passion de ma mère, m’a aussi bien bercé toute ma vie. Je suis aussi touché par le rock, le punk et des courants très actuels.

En fait, j’aime tellement la musique que je suis influencé à chaque instant.

Des artistes aussi différents que Ligetti, Stravinsky, les Beach Boys, David Bowie ou Chet Baker font partie des mes multiples influences. Une toute jeune génération m’inspire à continuer sur ma voie.

Justement, que pensez-vous de cette « nouvelle génération » de la musique électronique ?

Aujourd’hui, la musique électronique est partout et il y a tellement de genres et de sous-genres. Je trouve que la scène française en générale est très intéressante avec des artistes comme Rone, Gesaffelstein, Arandel ou encore Spitzer. Et n’oublions pas ceux qui sont déjà plus installés, tels que Justice et Vitalic qui proposent de nouvelles choses.

Selon vous, quelle est la force de la musique électronique ?

Elle est réellement sans frontières, sans barrières de genres car elle comprend chanson, variété, techno, dance….C’est une lutherie en elle-même. On peux finalement tout exprimer à travers l’électronique de nos jours.

Quels musiques et artistes écoutez-vous en ce moment ?

J’ai beaucoup aimé le dernier album de Radiohead. Sinon, ces derniers temps, j’aime beaucoup Jon Hopkins, Simian Mobile Disco, Eric Pryds, Caribou, Kiasmos…

Sur scène vous avez aussi été l’un des premiers à transformer un concert en un spectacle, non seulement sonore mais visuel. Comment en êtes-vous arrivé là ? 

En début de carrière, je me suis trouvé un peu seul, avec mes claviers et mes synthés pour partager ma musique instrumentale. Et ce n'était pas un spectacle très attrayant. Alors il m'est venu l'idée de donner « une vision » à ma musique et de la laisser parler ou résonner au-delà de ma personne. De lui donner comme caisse de résonnance la rue, un quartier de la ville… De la « faire parler » aux gens. C'est là qu'est né le concept des « villes en concert », et j’ai pris un immense plaisir à allier d’autres de mes passions comme l’art graphique et l’architecture avec des technologies de notre époque, détournées pour servir la « partition visuelle » de ma musique.

Comment expliquer l’importance de l’aspect visuel de vos concerts ?

De nos jours on peut écouter écouter de la musique partout….Mais quand on va « voir » un concert, il me semble qu’il faut délivrer une expérience sensorielle autre, il faut faire voyager l’auditeur-spectateur. Je ne suis pas chanteur, je me suis vite rendu compte que je devais remplacer l’attraction du jeu du chanteur par une autre forme de spectacle. Il faut éblouir et étonner un public de concert, il faut lui offrir une évasion, une expérience. C’est ce que je me donne comme objectif : les gens doivent en prendre plein les oreilles et plein les yeux !

En 1997 à Moscou, vous avez battu le record du nombre de spectateurs avec 3,5 millions de personnes. Envisagez-vous de battre ce record un jour ?

Sachez que personne ne se lève le matin en se disant qu’il va battre des records - sauf aux Olympiades où en effet c’est de rigueur ! 

Je ne sais pas justifier qu’autant de gens viennent ainsi partager ce que j’ai à leur offrir, ce que je leur ai créé - j’en suis le premier étonné…Mais quel plaisir de savoir en fin de soirée qu’ils sont venus aussi nombreux. Je reste convaincu que les événements de rassemblement culturels sont bienvenus et attendus par le public. Malheureusement, par les temps qui courent, les événements récents n’encouragent à ce genre de rassemblement festif.

Comment assumez-vous d’être l’un des ambassadeurs les plus influents de la culture française à travers la planète ?

Je suis extrêmement fier d’être français et d’être considéré comme un ambassadeur pour le rayonnement de la culture française à travers la planète. Notre pays est un grand pays qui évoque beaucoup de positivité à l’étranger, aujourd'hui encore. Nous devons tous en être conscients et retrouver la fierté pour continuer à bâtir une France forte, qui gardera cette place dans le monde.

Si vous deviez résumer en trois mots votre tournée Electronica, à quoi doit s'attendre le public ?

VOYAGE. FUTURISTE. NOSTALGIQUE.

 

*Teppaz : marque du premier tourne-disque électrique (78T). Très célèbre dans les années 60 pour son électrophone portatif.

Info +
Zénith d’Auvergne
Lundi 28 novembre 2016 à 20h
www.lesdernierscouches.com

 

 

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